dimanche 18 janvier 2009

C'est dans l'expérience directe du langage, du travail, du mouvement vital de désir et d'éthique qu'est l'acte de création, qu'a lieu le rapport avec l'ordre politique des choses. On ne peut pas dire pour que quelqu'un d'autre nous écoute (nous lise) et soit d'accord avec nous. Il s'agit de faire partager à l'autre notre expérience du langage et de l'éthique ; il aura la liberté de mettre cette expérience en rapport avec la sienne. Ainsi on se parle, on se transmet de la vie, du devenir ensemble par l'art.


Loin donc désormais l'idée de se faire lire par le plus de personnes possibles - rien là qui vaille la peine. L'essentiel est d'abord l'expérience individuelle de la CONFRONTATION A LA CREATION (il y a déjà dans acte créateur trop de mystification), puis l'élargissement de cette confrontation à l'autre (c'est là le plus passionnant). Un poème, un texte peut être perdu dans le vent ; l'expérience qu'on en a eu est ce qui compte.


Mais tout ça n'est que le début : échapper à l'institution de l'art normalisé (par ses moyens, par ses objets, par ses réseaux), refuser l'ordre dominant. Le vrai combat, c'est de défendre, d'enrichir et de développer notre liberté individuelle (intellectuelle, vitale, sociale, éthique) et de nouveaux possibles d'expérience collective. Des devenirs sociaux et politiques communs. Il y a le combat militant ; l'activité poétique en est un autre - c'est une relation intense, exigeante, active au langage, au travail de positionnement vis-à-vis du monde et de l'autre. Retrouver les mots, les forces du langage (lui-même social et collectif, lien premier) c'est travailler, participer à la (re)construction du commun, dans une société fragmentée. C'est s'opposer à l'ordre individualiste et antisocial entretenu par les groupes dominants.


Ce combat poétique est inséparable des solidarités et des luttes démocratiques, émancipatrices et égalitaires héritées de la révolution de 1793 et du mouvement ouvrier.


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