jeudi 25 décembre 2008

Pour avancer vraiment dans mon travail sur le langage, dans l'écriture, aller plus loin intellectuellement et essentiellement, dépasser le lyrisme et la jouissance d'énonciation - interroger, comment on use du langage (mais plus seulement), à quoi il sert, qu'est-ce qu'il dit, comment il dit, avec quel lien au monde, quel lien à l'éthique. En vérité je n'ai jamais travaillé sur le langage - j'ai illustré, dessinaillé. Il faut poser dans l'écriture son usage, sons sens, sa façon de lier les êtres entre eux et les êtres aux choses, son rapport à l'ordre, à la subversion. Non plus tellement pourquoi on dit, mais qu'est-ce qu'on dit, et comment, et croyant dire quoi, et disant effectivement quoi ?

La poésie : non plus mettre le langage sur le monde, mais le poser par rapport au monde, aussi contre le monde, comme un conflit, et une velléité de contact entre l'homme (le sujet) et le monde.

Je dis, donc j'oppose ma subjectivité.

Le monde n'en est pas moins là, et je me frotte par le langage avec lui. D'autant plus que le langage est social, il est je et nous. La poésie est ce combat, c'est une exploration de l'énonciation et du sens de l'énonciation.

Ainsi je ne dois pas écrire en essayant de faire exister des images, des idées, des projections, mais en luttant, à chaque seconde, avec ma capacité à les comprendre et à les exprimer, à parler, à produire du sens. Le langage écrit sera ainsi toujours questions et combat.

A cause de tout cela le langage est le socle et le noyau de la politique. Penser le langage est le premier impératif. Pour ne pas parler du monde comme élément extérieur, observable en soi, mais parler de notre relation à lui ; pour ne pas se contenter du plaisir d'énoncer (en ce qui concerne la poésie).

En cela la place du poète, de l'artiste est centrale dans la société. C'est lui qui fait se déplacer les perceptions, les compréhensions du langage. Une révolution de la perception est une révolution de la perception du sens, des moyens d'accéder au sens, de l'exprimer. Comme notre vie n'est qu'une relation avec le sens, la poésie est un moyen d'être.

La poésie est donc profondément centrale pour la société, puisqu'elle fait circuler le sens, qu'elle montre le sens au sujet, donc montre à la société, en montrant les changements et le devenir du sens, le sens lui-même.

Ce qui désigne le sens ne peut que révéler l'imposture de l'ordre. Appeler à chercher du sens. Cette recherche perpétuelle du sens, c'est la Révolution.

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